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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 00:00

 

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On sait que, sous l'Ancien Régime, le suicide était considéré comme un crime. Le suicide est en effet, un homicide volontaire mais d'une caractère un peu particulier, puisque c'est un homicide de soi-même.

  Dans le courant du mois de janvier 1742, près du village de Trans, on trouva un homme pendu à un olivier. Il s’agissait d’un soldat du régiment de Cambrésis, originaire de Draguignan et nommé Jean PASCAL. Il y avait à l’époque à Trans, une juridiction seigneuriale. Elle comprenait un juge qui était habituellement un avocat ou un gradué en droit de Draguignan. Il était quelquefois remplacé par un lieutenant de juge qui était généralement un bourgeois transian. Enfin, un procureur juridictionnel, généralement lui aussi un bourgeois, représentant le ministère public. Dans le cas de notre pendu, le procureur juridictionnel fit procéder à une enquête, à la suite de laquelle le juge prononça sa décision après avoir pris l’avis de deux gradués en droit.

Voici cette déclaration : "Déclarons Jean Pascal, fils de Jean, soldat au régiment de Cambrésis, atteint et convaincu du cas et crime de s’être deffaict soi meme en se pendant et s’étranglant avec une corde par le col, sur un olivier derrière le village. Pour réparation dudit crime, avons condamné la succession dudit Pascal à cent livres d’amende envers le procureur juridictionnel et le cadavre à être livré entre les mains de l’exécuteur de la haute justice pour le traîner sur une claye (claie) par tous les carrefours de ce lieu et de suite le jeter à la voirie sans sépulture. Mais parce qu’il ne peut être procédé à ladite exécution que de l’autorité de la Cour au siège de Draguignan, ce qui exige trait (sic) de temps, pour obvier à l’infection du cadavre qui pourrait nuire aux habitants, avons ordonné qu’à la poursuite du procureur juridictionnel et aux dépens du Domaine, le cadavre sera incessamment éventré et embaumé, jusqu’à ce qu’il plaise à la cour de statuer sur l’exécution de la présente sentence. Auquel cas, le justaucorps du défunt sera rendu à son capitaine par Pic qui s’en trouve chargé et de la garde du cadavre, lequel en remettant le tout en la force de notre sentence demeurera du tout et valablement déchargé sauf ses frais.

Fait à Trans avant midy, en jugement dans l’auditoire de justice, le 19 janvier 1742".

Le 22 janvier, la Cour prononça un arrêt aux termes duquel elle confirmait la sentence du juge de Trans. Elle y ajoutait que le cadavre resterait pendu par les pieds pendant deux heures à la place publique et ensuite traîné et jeté à la voirie.

Le tout fut exécuté le 26 janvier.


Source : Les Archives de Trans en Provence – N° 1 – Jean Barles

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commentaires

Giselle 30/08/2011 12:01


Bonjour Nadine,

Je rejoins le commentaire de Cathy quant aux tribunaux qui avaient encore le temps à l'époque de juger les morts.

Page d'histoire et regard sur la société, qui ne laissent pas indifférent.

De tout temps, le suicide n'a cessé de déranger, d'interpeller. Tour à tour, penseurs, chercheurs, philosophes, artistes, médecins psychiatres et psychothérapeutes ont tenté d'en appréhender le
sens.
La question du suicide dans une société donnée ne relève pas non plus uniquement du champ médical. Ses différents aspects touchent en effet d'autres domaines comme la psychologie, la philosophie,
l'économie, l'histoire, l'épidémiologie, la sociologie et le droit.

Dans les registres paroissiaux, les mentions de morts accidentelles, notamment par noyade, sont assez fréquentes sous l’Ancien Régime... celles par suicide sont évidemment inexistantes... même si
dans bien des cas, il reste souvent impossible d’établir la part de vérité : accident ou suicide ? Nous ne le saurons jamais...

Au XIXème siècle le mur de la honte et du silence entoure toujours les décès par suicide. Ainsi, l’Eglise affirme sa position en refusant toujours la sépulture à « ceux qui se sont donné la mort de
propos délibéré ».

Si le suicide devient un objet d’étude pour les nouvelles sciences (psychologie, psychiatrie, sociologie), la médecine elle-même contribue à faire du suicide une « maladie honteuse », due à une
faiblesse d’esprit, une tare et un tabou qu’il faut dissimuler à la société.

Il y eut d’ailleurs des procès en Europe jusqu’à la fin du 19ème siècle pour punir les suicidés, leur famille ou ceux qui avaient tenté de mettre fin à leur jour .

« Il n’y a rien de plus mystérieux que le suicide. Quand j’entends expliquer les raisons de tel suicide, j’ai toujours l’impression d’être sacrilège. Car il n’y a que le suicidé qui les ait
connues, et qui ait été en mesure de les comprendre. Je ne dis pas : de les faire comprendre ; elles sont le plus souvent multiples et inextricables, et hors de portée d’un tiers. » Henry de
Montherlant

Cordialement
Giselle


virjaja 30/08/2011 10:00


les tribunaux ne devaient pas etre engorgés a l'époque, pour avoir meme le temps de juger les morts!!! gros bisous Nadine. cathy


AnnickD/Nicka28 29/08/2011 11:10


Quels moeurs barbares !!!!!


margaux33 29/08/2011 10:32


pauvre pendu ! pauvre famille ! toutes les époques ont leur ridicule et il fallait impressionner la population