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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 00:00

  Auberge du Vieux Moulin 

Cela commence comme un conte de Noël : il était une fois à Trans, une grotte millénaire dédiée à sainte-Catherine, la patronne des mouliniers, dans laquelle jadis on pressait les olives. Hélas, les moulins de Trans mouraient à petit feu car le progrès avançait à grands pas et ces moulins qui avaient fait la prospérité et la renommée du village finissaient leur vie envahis par les ronces. Il y avait alors à la gare des Arcs, un conducteur de locatracteur de Trans appelé Claudius Lambert qui chaque fois qu'il passait sur la ligne versait une larme sur les cadavres de ces moulins. Un jour, ce cheminot acheta le moulin abrité par la grotte dans lequel plus personne n'entrait à part les lézards. Toutes ses économies y étaient passées, mais il aimait son pays et ce moulin d'où le regard tombe à pic dans les gorges. Voilà qu'il se mit à retaper cet endroit pendant ses jours de repos avec sa petite famille. On le voyait transporter du ciment, gâcher le mortier, toujours la truelle à la main. Les gens s'interrogeaient : "Mais qu'est-ce qu'il fait Lambert ?" C'est qu'il avait sa petite idée derrière la tête Claudius. Entrons avec lui dans la grotte. Elle est profonde et pleine de lumière. On descend des marches, à droite, des fenêtres s'ouvrent sur l'abîme de la Nartuby, à gauche, un pressoir tout propre comme s'il allait en couler de l'huile. En face, un âtre creusé dans la roche où rôtissent à la broche des cailles bardées de lard, au milieu, des tables où des gens sont installés parlant et riant à la lueur des chandelles.

 

Auberge-intérieur 7

 

Auberge-intérieur 3

 

Auberge-intérieur 11

 

Auberge-intérieur 8

 

Crèche vivante 2

 

 Au fond, pour la Noël, il y a une crèche mais pas une crèche comme les autres. Une vraie crèche avec de vrais animaux : des agneaux, un âne, un boeuf. Sans oublier la sainte famille et les bergers. Lambert explique : "J'ai pensé que dans cette grotte on pouvait faire une salle à manger avec une façade de petites fenêtres et là-haut au soleil dans les hangars où arrivaient les cacolets pleins d'olives, des chambres. J'ai utilisé la source qui se perd dans la Nartuby pour remplir les petits bassins de décantation d'huile et je les ai transformés en viviers à truites et à écrevisses. J'ai fabriqué les tables avec des troncs de chênes-verts et des gros plateaux épais à peine dégrossis. Pour les chaises j'ai utilisé des planches de la scierie. Les lustres, je les ai faits avec les roues dentées en bois des pressoirs et j'ai bricolé les lampes avec de vieux calens en cuivre trouvés dans la poussière ou avec des bouteilles de vin. Les chandelles avec des branches de sureau. J'ai tout refait : les planchers, les escaliers, la toiture, les fenêtres. J'ai percé des murs épais de deux mètres, j'y ai mis l'eau et l'électricité. Pour la cuisine voilà comment ça se passe : je fais griller quelques truites à ma façon et des fritures d'écrevisses. Quelques personnes en mangent, elles en redemandent, reviennent et ramènent des amis qui reviennent. Des curieux, des gens de ville qui cherchent à retrouver les vraies façons de manger au calme loin de toute cette agitation. Michèle Morgan est venue manger un jour et une autre fois, le prince de Roumanie, un prince qui se lèche les doigts jusqu'au coude et qui me tutoie. Un prince, chez moi, un conducteur de locotracteur des Arcs ! Et quand c'est la saison de la chasse je fais un pâté de grives, un civet de lièvre et les gens viennent en manger... Comment j'ai appris à faire la cuisine ? Mais au coin de l'âtre avec la mamé et au cabanon avec le papé. J'avais pris une truite à la pêche ? Vite un feu de sarments, un trépied, une poële et un coup d'un côté, un coup de l'autre ! Cuire une tomate ? Au cabanon, on met la tomate dans l'huile chaude, avec l'ail, l'oignon, le persil et on coule l'oeuf dessus. Voilà comment on cuit une tomate. Et les suçarèles ? Vous savez ces petits escargots de misère qu'on trouve dans les troncs d'oliviers. Ils ont une chair fine comme tout. Au vin blanc avec toutes les herbes de la montagne, j'en mange cinq cents à moi tout seul. J'ai cinq ou six spécialités : les cailles rôties au genièvre, le civet de lièvre, le coq au vin blanc, le sanglier des Maures, la brouillade de truffes, les tartes provençales". Il y a là des gens du pays, aussi des Parisiens. Il y a aussi le vieux santonnier de Trans avec son petit béret. Il s'appelle Richard, il a 81 ans. Il connaît l'histoire du pays, il sait comment le vieux château fut brûlé pendant les guerres de religion et comment on a construit sur son emplacement la jolie mairie Louis XV. Il raconte comment un curieux ingénieur belge, Achille Knappen, est venu construite à Trans un bizarre puits atmosphérique qui aspire pour en faire quelques litres d'eau, la fraîcheur de la nuit provençale. Lambert a voulu que Richard expose ici, dans la grotte, ses santons et aussi une jeune santonnière du pays, Colette Barles. Tous leurs petits personnages sont donc là et ils regardent se dorer les cailles. Le tourne-broche cliquette, le feu de pin ronfle, la cascade ronronne, la source jase dans les petites rigoles, comme au bon vieux temps de l'huile d'olive. Oui, Lambert, cheminot retraité, le moulin de la grotte tu l'as bien ressuscité. Tu aimes et tu sais faire les choses de tes mains, depuis le mortier jusqu'à la chaise et le chandelier. Tu es électricien, chasseur, plombier et pêcheur, couvreur, maçon, cuisinier et poète.

Et le lendemain, vous allez à la gare car il faut toujours aller à la gare pour avoir une idée d'une bourgade. A la gare et au cimetière. Au cimetière pour y lire les noms, les prénoms et les dates, pour sentir l'âme du passé et se souvenir. A la gare, pour le présent. Monsieur Pesquiès, le chef de gare qui tient ses mémoires de cheminot et de philosophe sur un gros livre à couverture noire le sait bien. Il vous dira que Trans vit de plusieurs choses : d'une conserverie qui fait de la conserve traditionnelle d'anchois dont le propriétaire est Fiorito, voilà qui fait pas mal d'expéditions de détail par le rail. Après, il y a le bois : il y a une scierie qui a même un embranchement. C'est Fournial qui l'avait créée et elle appartient maintenant à Collomp. Et puis, il y a des carreaux qui viennent d'Italie, pour paver les villas comme au temps des Romains. Il arrive aussi de l'outillage, des moteurs, etc... tout transite par la gare.

 

Source : D'après un article paru dans un vieux magazine et remanié par Nadine.

 

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Aujourd'hui, Claudius Lambert est toujours en vie. Il a eu 103 ans en octobre dernier. Il ne va pas trop mal pour son âge et il a sûrement des souvenirs plein la tête.

Voilà, je vous ai raconté une bien belle histoire qui se poursuit toujours puisque l'Auberge du Vieux moulin est devenue le Restaurant de la Grotte. Ce n'est plus Claudius qui est derrière les fourneaux mais il est toujours propriétaire de la grotte. Si vous passez par Trans, arrêtez-vous pour aller manger à la Grotte et appréciez le cadre. Pensez au travail accompli par celui que l'on surnomme encore : Claudius le Magnifique.

 

Claudius Lambert

 

Claudius Lambert pose devant le comptoir arborant sa cravate de chevalier

de l'ordre de la Méduse.

 

Inauguration Auberge du Vieux Moulin 14.07.1954 (1)

 

Photos prises lors de l'inauguration de l'auberge le 14 juillet 1954.

De gauche à droite : Hubert Duhaâ, Jackie Lambert, l'Italien qui habitait à la place du château, Claudius Lambert, Guy Perrimond, Marlène dite Poupette Lovera, Jean-marie Luccerini, Simone Lambert, Nöel Landry.

Inauguration Auberge du Vieux Moulin 14.07.1954 (2)

 

De gauche à droite : l'Italien qui habitait à la place du château, Marie-Lou Chiabrando, Poupette Lovera,  Guy Perrimond, Jackie Lambert, Hubert Duhaâ, Simone Michelis, Simone Lambert.

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Comme je ne pouvais pas mettre toutes les cartes postales concernant la grotte dans cet article, j'ai mis en place un album-photos que vous pouvez voir dans la colonne du blog.

   http://www.nullepartailleurs.biz/album-1992089.html

 

 

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 19:55

 

Attaque-de-diligence.jpg

 

Cela se passait au printemps 1801 sous le Consulat. A cette époque, il y eut en France une flambée de banditisme terrible. Les campagnes étaient la proie de bandits que l'on appelait les chauffeurs parce qu'ils brûlaient la plante des pieds de leurs victimes pour leur faire révéler la cachette de leur or. Les routes n'étaient pas sûres et les voyageurs isolés étaient agressés. A Trans, comme partout ailleurs, on vivait dans une atmosphère d'insécurité dont témoignent les récits ci-après.

Le 11 prairial de l'an IX, Joseph Roux, laboureur de Trans, fait au maire le récit suivant : "Le 5 courant à 9 heures du soir, il passait sur le chemin qui va de Trans au Muy, quartier de Saint-Vincent, monté sur un âne, lorsqu'il entendit crier derrière lui : "Arrête !" et de suite on lui lâcha un coup de feu chargé à petits plombs qui perça ses habits et atteignit sa monture. Et comme ledit Roux voulait s'enquérir d'où le coup était parti, il fut assailli par une grêle de pierres qui paraissaient venir du bosquet voisin et être lancées par plusieurs personnes. Il prit la fuite et ses assaillants le poursuivirent à coups de pierres jusqu'au chemin du Peycal, où ils le quittèrent en lui disant que s'ils n'avaient pas pu l'atteindre de jour, ils l'auraient de nuit.
Quelques jours plus tard, c'est un propriétaire du Puget près de Fréjus, Louis Barbe qui déposa plainte : "Allant du Puget à Draguignan, ce jourd'hui 22 prairial, il fut arrêté à 7 heures et demie du matin sur les limites des terroirs de La motte, du Muy et des Arcs, sur le Grand Chemin par deux hommes dont l'un posté derrière un buisson le tenait en joue avec un fusil. L'autre s'approcha de lui un pistolet à la main : "Arrête ! La bourse ou la vie !" Barbe jeta deux écus de six francs et trois autres petits écus. L'homme l'obligea ensuite à descendre de cheval pour le fouiller. Il lui déroba encore trois louis d'or et une montre en or. Après quoi, Barbe s'en demander son reste remonta à cheval et piqua des deux en criant : "Au voleur !" mais il ne trouva personne dans les environs pour venir à son secours. Celui qui l'avait fouillé paraissaît être âgé d'environ 45 ans pour 1,60 mètre, le bas de son visage était caché par un mouchoir. Il avait les yeux noirs, les cheveux peu fournis, il portait un grand chapeau noir, un gilet noir, une culotte longue de grosse toile grise, en manches de chemise avec un pistolet d'arçon.

Enfin le dernier récit a pour théâtre un endroit où la tradition transiane place volontiers les histoires de brigands. Lorsqu'on va de Trans aux Arcs et après avoir dépassé la montée pour redescendre vers Les Arcs, on se trouve dans une gorge assez sombre que l'on appelle "La Gouargue de Rastéou", "La Gorge de Rateau". Ce Rateau était semble-t-il un bandit qui attaquait les diligences à cet endroit. Le 12 floréal de l'an IX, Jacques Achard, cordonnier de Draguignan raconta à la maréchaussée l'agression dont il venait d'être victime à cet endroit mal famé. "Ce jourd'hui 12 floréal, il fut interpellé à l'heure de midi sur le chemin des Arcs par deux hommes armés chacun d'un fusil. L'un était habillé de gris avec des guêtres de peau, un chapeau rond, ayant le bas du visage couvert d'un mouchoir et l'autre homme était habillé d'une étoffe de couleur verte, d'un chapeau rond et de guêtres de peau. Ayant pointé leurs fusils sur lui, ils lui demandèrent sa bourse. Achard leur lança 60 francs mais apparemment insatisfaits, ils le fouillèrent pour lui prendre encore quelques écus qu'il avait dans les poches de son corset. Celui par qui il avait été fouillé partit avec l'argent en disant à l'autre : "Ramasse ta part par terre !" Achard se voyant seul avec celui qui ramassait l'argent par terre, a pris une pierre et l'a jetée avec force sur le dos du voleur qui étourdi du coup et bien qu'armé d'un fusil, a pris la fuite et laissé par terre 32 francs qu'Achard a ramassés".

 

Source : Archives communales de Trans - Série sur la Justice.

 

En savoir plus sur "les chauffeurs"

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chauffeurs 

 

 

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 16:52

 

  Vieux-pont.jpg

 

Nous trouvons l'information suivante dans le "Journal du département du Var"
du 8 prairial an IX (28 mai 1801).

"Il s'est commis un crime affreux dans la commune de Trans. Les dames Félix, mère et fille, l'une âgée de 80 ans et l'autre de 50 ans et leur servante de l'âge de 29 ans, ont été assassinées dans la nuit du 29 au 30 floréal dernier. La profondeur et le genre des blessures font présumer qu'elles ont été massacrées à coup de hâche. Ces trois malheureuses femmes habitaient seules une maison qui n'est séparée du village que par un pont. Personne ne les voyant paraître dans la journée du 30, quelqu'un s'approcha de leur maison, étonné d'en trouver le porte fermée et le clef en dedans ; il poussa une fenêtre et laissa voir des traces de sang. La porte fut enfoncée et l'on trouva les trois cadavres dont l'un avait conservé un reste de chaleur. Le juge de paix s'y porta dans la nuit. Il lui parut que l'on n'avait volé que quelques couverts d'argent. Les hardes (habits), des pièces de mousseline et le linge étaient dispersés confusément sur le plancher. La justice s'occupe de la recherche des coupables".

Nous tenons du témoignage d'une personnne très âgée que la jeune servante était allée passer la veillée dans une maison voisine à regret et qu'elle dût parvenir à la maison du crime après le meutre des deux dames. On pensait qu'elle avait dû être abattue à coups de hâche comme l'avaient été ses maîtresses, au moment même où elle venait de rentrer.
Ce crime présente des points mystérieux.

Source : Les Archives de Trans en Provence - Jean Barles - N°39 - Janvier 1935.

 

 

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