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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 00:00

 

Vallée de la Nartuby

 

Un recensement effectué en 1765 en Provence, avait dénombré pour Trans 1066 habitants. Par la suite, cette population augmenta jusqu'à environ 1200 habitants au moment de la Révolution. Tout les gens habitaient en grosse majorité dans le village. Très rares étaient ceux qui demeuraient de façon permanente à la campagne dans des bastides. L'agglomération avait des dimensions plus réduites qu'à l'heure actuelle puisqu'elle ne se composait que de 196 maisons. Cependant, elle venait de connaître au cours des années précédentes des transformations très importantes qui lui avaient déjà donné les grandes lignes de sa physionomie actuelle car jusque vers 1765, Trans avait conservé son aspect moyenâgeux. En effet, de grands travaux avaient été entrepris. L'un des plus important fut la démolition des portes de la ville ainsi que la construction du nouveau pont de la route de Draguignan. Jusque là, Trans était fermé par des portes à ses deux extrémités. La "Porte de Saint-Roch" située au niveau des maisons qui se font face aux numéros 15 et 8 de l'avenue de la Gare et la "Porte de Notre-Dame" qui était située au-devant du 51 de la rue Nationale.

 

L'avenue de la Gare

 

Carte postale de l'avenue de la Gare prise excatement à l'endroit où se situait la porte de Saint-Roch avec les maisons qui se font face aux numéros 8 et 15 de cette avenue. Tout à côté de la porte sur la gauche était l'Hôpital Saint-Jacques ou Hôtel Dieu. Voir mon article à son sujet :

 http://www.nullepartailleurs.biz/article-l-hopitale-saint-jacques-ou-l-ancien-hotel-dieu-69710521.html

 Au-delà des portes, d'un côté comme de l'autre de celles-ci, c'était la campagne. Ces portes avaient été construites à la fin du XVIe siècle, non pas dans un but de défense militaire mais simplement pour interdire l'accès du pays dans les cas hélas fréquents d'épidémie de peste. Elles empêchaient l'extension du village et comme de surcroît elles tombaient en ruine, l'administration communale les fit démolir entre 1770 et 1775 (Nota de Nadine : La porte de Notre-Dame fut démolie en 1770 et celle de Saint-Roch en 1775). Quelques années plus tard, entre 1778 et 1779, la construction du nouveau pont de Draguignan et la modification du tracé de la route élargirent encore les possibilités de développement de notre village, car jusqu'alors Trans ne comptait qu'un seul pont le "Pont Vieux" ou "Pont de saint-Roch" qui était étroit et en mauvais état.

 

Le Vieux Pont sur la Nartuby

 

Le Pont Neuf sur la route de Draguignan 

Le Pont Bertrand et la Nartuby

 

 Les trois ponts à l'intérieur du village : le Pont Vieux ou ou Pont de Saint-Roch ou encore Pont du Milieu, nous disons maintenant aussi Pont de la Pharmacie.

Le Pont Neuf ou Pont de Draguignan.

Le Pont Bertrand ou Pont de la Calade.

 

 Nota de Nadine : L'autre pont, le "Pont Bertrand" (du nom des constructeurs, les frères Bertrand) ne sera réalisé qu'en l'an X de la République. Emporté par une grande inondation peu après sa construction, il sera reconstruit à grands frais en l'an XI. "Le pont est d'une utilité particulière à tous les habitants de Trans pour l'exploitation de leurs terres qui sont au-delà de la rivière, pour l'usage de trois moulins à huile et un moulin à ressence qui sont attenants au moulin à farine".

 

Hotel-de-ville-facade.jpg

 

Hotel-de-ville-ecusson.jpg

 

 Hotel de ville cote1Hotel-de-ville-cote-2.jpg

 

 L'Hôtel de ville et différents détails de sa façade classée

(fronton, cadran solaire et fresques des côtés)

 

 A la même époque un autre bel ouvrage fut réalisé qui allait embellir considérablement le village : l'Hôtel de ville et par voie de conséquence l'agrandissement de la place qui est au-devant de celui-ci. Il faut dire que là où s'élèvent actuellement l'Hôtel de ville et le quartier de Villeneuve y attenant, les seigneurs de Trans avaient fait construire au cours du XIVe siècle, un château-fort dont le quartier et les jardins du Bachas constituaient le fossé alors rempli d'eau. Cet édifice fut détruit en 1579 au cours des guerres de Religion. Mais des ruines subsistaient encore au XVIIIe siècle. Ces ruines n'étaient qu'un amas de décombres et de pans de murs sur lesquels se détachait un grosse tour ronde qui était une des tours d'angle du château : la Bestore. Tant bien que mal réparée aux siècles précédents elle ne sera démolie qu'en 1844. Au devant des ruines en question, se trouvait une petite place qui est l'ancêtre de notre place de l'Hôtel de ville et qu'on appelait la "Place du Portail" ou "du Postel" en souvenir de la Grand porte du château féodal. Sur cette petite place s'élevait "l'Auditoire de justice", justice exercée par les seigneurs successifs (famille de Villeneuve originaire de Catalogne).

 

Place de la Mairie

 

La place de la Mairie ou de l'Hôtel de ville

 

Jusqu'alors, l'Hôtel de ville était installé depuis toujours à côté de l'église dans la maison qui porte le numéro 5 de la rue de la Motte. C'est là qu'avait été placé au XVe siècle la "Maison du Saint-Esprit" (à l'époque c'était le nom de l'Hôtel de ville). Cette maison était vieille, incommode, délabrée et depuis longtemps la Municipalité cherchait mieux. En 1777, le seigneur lui offrit un partie de l'emplacement de son ancien château et c'est donc là qu'entre 1777 et 1779 que fut construit le ravissant petit édifice qui est notre Hôtel de ville (Nota de Nadine : la jolie façade de l'Hôtel de ville est inscrite à l'inventaire des Monuments historiques depuis le (6.11.1949). Un autre vestige du passé avait également disparu : le cimetière. Lors de la visite paroissiale de l'Evêque de Fréjus le 23 avril 1743, ce dernier avait interdit d'enterrer dans le cimetière si la communauté n'en faisait pas un plus grand et plus commode. Le cimetière était placé à côté de l'église suivant l'usage (à l'emplacement de le petite neuf qui y sera construite suite à son transfert en 1769-1770) et les habitants se plaignaient qu'il dégageait des miasmes pestilentiels, que les odeurs les incommodaient et que les chiens y dévaguaient (Nota de Nadine : je pense que le cimetière devait s'étendre tout autour de l'église et non se cantonner sur le côté, parce que ma mère m'a raconté que quand le ruisseau de la rue de la Motte a été fait en 1948-1950, les ouvriers avaient trouvé des ossements sous le pavage en galets qui longeait l'église). Cependant, la sentence de l'Evêque ne fut pas exécutée tout de suite si bien que les trois caveaux qui se trouvent dans l'église (caveau du Rosaire, de Saint Antoine et de Saint Sébastien) furent pleins et qu'au lieu d'enterrer les morts séparemment, l'enterremort (sic) fut obligé de placer les cadavres sur ceux qui étaient nouvellement enterrés (Cf Série DD13 Archives communales de Trans détenues aux Archives départementales du Var à Draguignan). C'est enfin en 1767 que la municipalité se décida à transférer le cimetière. Pour cela, elle acheta un terrain situé à l'extrémité du Grand Jardin du Bachas dit Jardin de Chaix, à Joseph Guiol, tisserand de son état pour le prix de 300 livres y compris le bâtiment (ce que nous appelons aujourd'hui la chapelle) et les arbres fruitiers qui s'y trouvaient. C'est le 12 décembre 1767 que le cimetière entra en service. En 1846, la municipalité acheta un autre jardin y attenant pour l'agrandir à nouveau car la population avait augmenté (il s'agit de la partie qui est située derrière).

 

Intérieur de l'église

 

L'intérieur de l'église paroissiale dédiée à Saint-Victor

 

La façade latérale de l'église dédiée à saint Victor

 

La petite neuf de l'église avec le clocher et à droite la citerne d'eau potable (qui n'existe plus de nos jours car les robinets dans les maisons on remplacé la pompe à bras)

 

Suite à la construction de la petite nef de l'église paroissiale ce travail fut complété dans les années suivantes par l'édification du clocher et en 1774 par la construction de la fontaine (Nota de Nadine : la fontaine est inscrite à l'inventaire des Monuments historiques depuis le 24.2.1926).

 En 1789, toutes ces transformations étaient terminées et Trans ressemblait déjà à ce qu'il est aujourd'hui mais il était beaucoup moins étendu. Dans la direction de Draguignan, la commune s'arrêtait aux environs de l'endroit où se trouvait auparavant la "Porte Saint-Roch". On avait à peine commencé à construire au-delà. La chapelle Saint-Roch existait cependant car elle avait remplacée en 1680 une autre chapelle portant le nom du saint, édifiée au XVIe siècle et qui se trouvait légèrement en avant de la chapelle actuelle. C'est le XIXe siècle qui verra se développer le quartier de Saint-Roch et l'avenue de la Gare.

 

Quartier-Saint-Roch.jpg

 

Le quartier de Saint Roch avec sur la droite la chapelle portant son nom et en face une usine de contre-plaqué et une scierie appartenant à un riche industriel transian, Fournial.

 

Dans la direction des Arcs, c'était aussi à l'emplacement de l'ancienne "Porte Notre-Dame" que cessaient les maisons. Au-delà existait une filature de soie dans l'immeuble qui porte le numéro 55 de la rue Nationale. Elle avait été créée en 1730 par le négociant Charles Ricaud venu de Barcelonnette et elle était la première filature de toute la Provence (Nota de Nadine : Les descendants de Charles Ricaud habitent toujours à Trans, il s'agit de la famille Reynier). Encore au-delà, dans la campagne, existait aussi la chapelle Notre-Dame qui avait été édifiée à l'occasion d'un voeu fait par un membre de la famille de Villeneuve, chevalier de l'Ordre de Malte, ayant failli faire naufrage sur les côtes de la Méditerranée. L'agglomération n'avait pas encore d'autre issue car le pont de la Motte n'existait pas encore, il ne sera construit qu'en 1892.

 

La-place-du-Chateau.jpg

 

La place du Château avec tout à gauche, un des montants du portail d'entrée puis le corps principal du bâtiment. D'autres bâtiments situés sur le côté droit du château ainsi que les murs de certains jardins, la maison du vacher, etc... existent toujours. Tout cela faisait partie cu château et de son très vaste parc

 

Mais le développement de l'agglomération était également limité par le château du  marquis Louis-Henri de Villeneuve et par son parc. Il ne s'agit plus du vieux château féodal mais de l'habitation construite au milieu du XVIIIe siècle et dont la plupart des bâtiments susbistent de nos jours. C'était une résidence d'agrément dont l'entrée était constituée par ce que nous appelons la place du château dont on voit encore un montant du portail sur le côté gauche de l'entrée de la place. Ce château était agrémenté d'un vaste parc (transformé en parking depuis quelques années) limité par la rue Nationale, la montée du Cassivet, l'Hermitage, la montée de la Côte, l'avenue de la Gare et enfin par les maisons du village. Le dernier marquis de Trans avait apporté beaucoup de soin à l'aménagement de ce parc, dont certaines parties ont conservé leurs noms : rue du Parterre et montée de l'Hermitage par exemple. Le château et son parc occupaient donc une surface importante et il faudra la Révolution pour permettre avec la vente des biens nationaux, une extension de l'agglomération dans cette partie du village. En 1789 comme aujourd'hui d'ailleurs c'était la route qui formait l'artère principale de Trans. Dans la langage administratif de l'époque cette route portait le nom de "chemin de province de Première Classe". A cette époque, il y avait déjà une circulation importante qui traversait le village. "Sur ce chemin, écrivent les administrateurs de la Communauté en 1777, passent toutes les denrées de la montagne destinées pour le pays bas (c'est-à-dire en descendant vers la côte) et les huiles de toute la viguerie* (voir explication à la fin) de Draguignan". Il faut ajouter que la chaussée de cette rue était souvent en mauvais état et inondée en plusieurs endroits par l'eau des canaux et qu'elle était rétrécie par les nombreux escaliers extérieurs des maisons. En dehors de cette rue principale la plupart des autres petites rues existait déjà portant des noms qui subsistent comme la rue des Safraniers, du Bachas, de la Placette et d'autres qui ont disparu tels que la rue du Four ou celle de la Cacadouire... Elles étaient encombrées et ampuanties par la fâcheuse habitude qui consistait à "apailler" la chaussée et à y jeter des ordures pour faire du fumier. Tel était Trans en 1789 à la veille de la Révolution.

 

Source : D'après le livre "Trans en Provence" de Guillaume Barles et d'après mes propres recherches dans les archives communales de Trans.

 

 *Une viguerie ou vicaria est une juridiction administrative médiévale dans le Sud de la France. Elle tient son nom de celui du lieu où elle était rendue, le vicus, c'est-à-dire le bourg, d'une certaine importance, sans être obligatoirement pour autant un chef-lieu de cité. Apparue à l'époque carolingienne, la viguerie est au départ le siège d'une juridiction civile et criminelle rendue au nom du comte ou du vicomte. Cependant, avec le déclin du pouvoir local et l'accroissement du pouvoir des juridictions royales, la viguerie est devenue la juridiction la plus petite, ne connaissant plus de la haute justice pour ne s'occuper que des affaires courantes. Elle est administrée par un viguier, c'est-à-dire un juge dont les compétences varient, selon les régions et les époques, du juge de cour d'assises à celui de juge de paix rural. Les vigueries ont disparu en grande majorité sous Louis XV en 1749, suite à un édit supprimant les petites juridictions. Cependant, dans plusieurs régions comme en Provence, elles ont survécu jusqu'à la Révolution.

 

Source : Wikipédia l'encyclopédie libre.

 

La place des Moulins

 

Carte postale colorisée, vue aérienne de la place des Moulins.

On voit le pont Bertrand, le pont Vieux, la Nartuby et ses cascades.

A gauche, l'Hôtel de ville, à droite, le moulin à huile communal (actuelle médiathèque), l'Auberge du Vieux Moulin aménagée dans sa grotte millénaire. En face, des moulins à huile (aujourd'hui résidence des Cascades).

********************

 

 

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 00:00

 

La place du Château

 

Requête de la Municipalité de Trans aux Administrateurs du district de Draguignan.

"Citoyens, le bourg de Trans est réduit à un bien petit espace, étant cerné, au nord et au levant par la rivière et des précipices, et au midi et au couchant par l'enclos national (château et parc du ci-devant seigneur confisqué par la nation après l'exécution du marquis à Paris le 4 prairial de l'an II), de manière que les habitants ne pouvant avoir des emplacements pour construire des maisons en proportion de leur nombre, se trouvent entassés et manquent souvent d'usines de ménage (commodités de cuisine et de lavage). Il désire que cet enclos soit divisé de manière qu'il puisse être bâti des maisons à suffisance. Mais les maisons exigent des rues et des alignements convenables pour que l'air ne soit pas intercepté. Les experts que vous avez commis pour faire des divisions des biens du condamné Villeneuve doivent être autorisés de votre part pour tracer les rues et laisser leur espace libre et sans être compris dans les objets à vendre. C'est pour leur donner des pouvoirs suffisants que la Municipalité vous observe :

1° Que l'allée de l'enclos qui se trouve au couchant et qui tire du nord au sud (actuellement montée de la Cotte anciennement dénommée rue de la Côte), appartient à la Commune, étant le chemin qui conduit à Lorgues et à divers quartiers du terroir, et ayant été enfermé dans cet enclos par abus ce qui ne peut nuire au droit de propriété de la Commune, qu'elle réclame par notre ministère.

2° Qu'il soit tiré une ligne de maisons depuis le parterre (jardin fleuriste situé en face de la façade sud du château du côté gauche de la rue actuelle du Parterre) de l'enclos jusqu'à la fontaine publique (angle des rues actuelles Nationale et de l'Ermitage), tirant du nord au sud et formant un parallèle avec la maison et fabrique de soie du citoyen Antoine Ricaud (immeuble appartenant à M. Emile Reynier et local industriel appartenant à M. Vadon). Mais si les maisons étaient bâties précisément au bord du terrain de cette partie (c'est-à-dire si elles s'alignaient sur la façade du château qui avance sur la rue Nationale), la rue se trouverait trop étroite à cause du passage fréquent. Il faudrait donc, pour la rendre commode, qu'elle fut élargie de deux tiers (environ 4 mètres) au moins et que les experts pussent déterminer que cet espace servirait à la voie publique et ne serait pas compris dans la vente.

3° Qu'une autre rue peut être tracée au couchant du château tirant du couchant au levant, comprenant l'allée des tilleuls et s'alignant avec les bâtiments supérieurs du midi et du nord. Cette rue aboutirait au canal public (cette rue se serait développée parallèlement à la façade nord du château et aurait abouti à l'actuelle rue Nationale, elle aurait été complétée en T par l'allée des tilleuls.

4° Que l'allée des ormeaux qui sépare la partie supérieure de l'enclos de la partie inférieure, le long du canal public, ainsi que les petits espaces qui se trouvent entre le canal et l'allée doivent être conservés dans leur largeur, en raison de ce que cette allée sert de chemin le long de ce canal pour l'usage des habitants qui ont le droit d'arroser, du côté du citoyen Ricaud pour les eaux de sa fabrique de soie, de la Commune pour les eaux du moulin à huile qu'elle a fait construire dans ce quartier, et des propriétaires qui feront l'acquisition des trois moulins à huile de la République situés au même quartier (moulins de MM. Joseph Raynaud, Lorenzi et Saurin), indépendamment que ce chemin est nécessaire pour le passage des acquéreurs des lots de la partie supérieure de l'enclos (cette grande voie serait partie de l'angle des rues Nationale et du Cassivet. Elle aurait coupé obliquement l'extrémité de la rue projetée au 3°, et suivant alors le canal, elle aurait abouti sur la côte un peu avant le passage à niveau)".

 

Vue générale annees 20 

  La requête explique ensuite que la plus-value donnée aux emplacements situés sur les voies projetées compenserait la non aliénation de leur sol. Cependant, cette requête n'a pas eu satisfaction par suite de la mise en adjudication tardive des biens du marquis de Villeneuve. Les événements avaient marché depuis sa mort. Bientôt, on les rendit aux héritiers du condamné. Leur vente à laquelle il fut procédé sur licitation en 1803, se fit sans tenir compte des demandes présentées par la Municipalité de Trans. Cette inobservation d'un voeu exprimé en vue de l'intérêt général fut aussi regrettable pour le pays que pour les possesseurs des biens vendus. Les rues projetées auraient permis à la population de Trans de s'accroître et elles auraient donné une bien plus grande valeur aux terrains.

 

Sources : Les Archives de Trans en Provence - Jean Barles - N° 25 -

Septembre 1932

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 22:02

 

vigne.jpg

 

On a dit que notre région était venue tardivement à la culture de la vigne. Or, il n'en est rien. Ce qui forme actuellement le département du Var a toujours pratiqué cette culture depuis la plus haute antiquité et n'a jamais cessé d'en faire le principal de ses revenus à toutes les époques. Cette culture a pu être modérée par des prescriptions légales, comme au XVIIIe siècle, ou momentanément détruite comme au XIXe siècle, au moment de la catastrophe du phylloxéra, mais elle n'a jamais cessé lorsque les circonstances ont été favorables, de prospérer et de représenter le produit le plus important du revenu des terres.

 

Vigne-romains.jpg

 

Epoque romaine

 

La culture de la vigne existait en Provence dès l'époque romaine, à un moment où cette culture était interdite, pour protéger le vignoble italien, en dehors de ce qui constituait la Province romaine, c'est-à-dire en dehors de ce qui forme la Provence, le Languedoc et le Dauphiné. Les auteurs anciens parlent longuement du mode de culture pratiqué dans la Gaule Narbonnaise, notamment de la taille courte qui différait de celle de l'Italie où la vigne se mariait à l'ormeau. En ce qui concerne le pays dont on a fait le département du Var, l'existence de vignobles importants et suivis ne peut faire l'objet d'aucun doute, puisque nous savons d'après ce qu'en ont dit tous les agronomes du 1er siècle, et notamment Columelle, qu'un grand bourgeois de Fréjus, Julius Groecinus, ancien procurateur des Césars, ce qui correspondait aux fonctions d'intendant général et vice-gouverneur d'une province impériale, et père d'un illustre fréjusien, le général romain Agricola (dont je vous ai parlé ICI) avait non seulement cultivé la vigne dans ses vastes propriétés, mais encore écrit sur la "Culture de la vigne" un traité en deux livres, qui faisait autorité non seulement dans la Province, mais encore en Italie.

 

Vendanges.jpg

 

Moyen Age

 

Aucun texte ne fournit d'indication sur la période obscure des grandes invasions et du haut moyen âge. Il faut arriver au XIIIe siècle pour trouver quelque chose dans les transactions qui commençaient alors à se conclure entre les habitants et leurs seigneurs. A Trans, notamment, dans une transactions datée du 20 octobre 1283, il est spécifié qu'à l'époque où les vins commencent à pouvoir être transportés, le seigneur de Villeneuve dispose d'un mois pour écouler sa récolte. La vente n'est libre pour les habitants qu'à l'expiration de ce délai. Il y a dans ces stipulations l'indice d'une récolte abondante, bien supérieure à la consommation locale.

 

XVIe siècle

 

Un peu plus tard, la même situation est révélée par des documents plus précis. Les cadastres du XVIe siècle attestent que tout le monde à Trans avait des vignes, et que, proportionnellement, on en avait d'autant plus qu'on avait de plus grandes propriétés. Il y avait alors peu d'oliviers. Les larges espaces à flanc de colline sur lesquels on les voit aujourd'hui, étaient pour la plupart des bois non encore rompus. L'importance relative des différentes cultures, calculées d'après les indications tirées des cotes cadastrales afférentes à chacune des parcelles, s'étageait dans l'ordre suivant : vignes, terres à grain, prés, jardins et oliviers.

 

XVIIIe siècle

 

La persistance de la culture de la vigne sur une grande échelle se constitue dans les siècles suivants. Au XVIIIe siècle, elle acquiert une importance telle qu'elle menace de réduire la récolte des grains au-dessous de ce qui est nécessaire pour l'alimentation du pays. Une mesure draconienne intervient alors. Sous le règne de Louis XV, un arrêt du conseil en date du 5 juin 1731, défend "de faire de nouvelles plantations de vignes dans l'étendue des Provinces et Généralités du Royaume et de rétablir, sans la permission expresse de sa Majesté, celles qui auront été deux ans sans être cultivées, à peine contre chaque contrevenant, de 3.000 livres d'amende et sous plus grande peine s'il y échoit ; laquelle permission ne sera accordée qu'au préalable le terrain n'ait été vu par les ordres de l'Intendant, pour connaître s'il n'est pas plutôt propre à une autre culture qu'à être planté en vignes". A la suite de ces prescriptions, la culture diminue dans la plaine, mais elle gagne dans les collines. Il y a cependant une diminution bien que nous trouvions, dans les archives notariales entre 1730 et 1789, des actes ayant trait à des transports de vin importants.

 

Phylloxera.jpg

 

XIXe siècle

 

Au XIXe siècle, les plantations commencent à redescendre dans la plaine. Au moment où le phylloxéra vient détruire le vignoble, entre 1872 et 1880, l'importance qu'avait alors la culture de la vigne peut se mesurer par la diminution importante de population due au départ des journaliers agricoles italiens, que la ruine de la culture a provoqué. La population qui, défalcation faite de l'arrondissement de Grasse, était en 1851 de 289.967 habitants, n'était plus en effet en 1886 que de 288.336 habitants. Elle peut se déduire également de la diminution de population qui a suivi la reconstitution du vignoble. Entre 1886 et 1911, le nombre des habitants a augmenté de 42.419 unités. Nous nous sommes ainsi trouvés replacés là où devait nous amener l'accroissement régulier du nombre des habitants, si la catastrophe due au phylloxéra ne s'était pas produite.

 

Conclusion

Ces constations, tirées de documents qui n'ont pas été faits pour les besoins de la cause, montrent que la Provence et le Var n'ont jamais cessé de posséder des vignobles étendus et de considérer le vin comme la plus importante de leurs récoltes.

 

Source : D'après un article paru dans "Les archives de Trans en Provence" N°28 - mars 1933 - Jean Barles.

  syrah-dessin.jpg

 

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 21:30

  Filature-Usine Garnier 1893

 

Le personnel de la filature Garnier en 1893. De nombreuses Italiennes y étaient employées. Elles logeaient dans un grand bâtiment au fond de la cour de la filature.

 

Filature Garnier-Intérieur

 

Intérieur de la filature

 

La Provence a attiré de longue date les immigrants italiens. Cependant, ce fut entre 1850 et 1960 que l'immigration italienne dans le Var atteignit son apogée. La raison majeure qui poussa ces gens à s'expatrier fut d'ordre économique. Cette immigration alla jusqu'à représenter 15% de la population varoise. A Trans, les Italiens constituaient environ 13% de la population vers 1900. Ils étaient majoritairement d'origine piémontaise et toscane. Lorsqu'on parcourt les registres d'état civil, on trouve citées les localités de Montemale, Ormea, Peveragno, Vignolo, Dronero, Garessio, Boves, Pagliero, Mammola, Schio, Valloriate, Fesoglio, Brossasco, Cuneo, etc... comme étant leurs lieux de naissance. Je ne peux pas les citer tous, mais voici quelques-uns des noms de famille d'Italiens rencontrés au cours de mes recherches dont certains ont toujours des descendants à Trans : Agnese, Ambroggio, Ardoino, Barberis, Barillaro, Beltramo, Bennati, Biale, Borotti, Brondello, Brunengo, Cesana, Chiapello, Dani, Ellena, Faroppa, Ferraris, Ferrero, Garro, Gioffredo, Giraudo, Giusiano, Godano, Lerda, Lequio, Lovera, Mazza, Merlino, Michelis, Minazzo, Ottone, Perugia, Rampini, Sappa, Sciandra, Seno, etc... La plupart des immigrés vivaient dans le village. Les célibataires constituaient un quart de la population italienne. Certains habitaient une chambre chez des parents eux aussi installés à Trans quelques années auparavant et qui était venus "en éclaireurs". D'autres mettaient en commun leurs maigres économies pour partager un logement. Les hommes étaient plus nombreux que les femmes à immigrer. Les couples italiens avaient plus d'enfants que les couples français, mais une même famille avait souvent des enfants italiens nés en Italie et des enfants français nés en France, parfois dans plusieurs communes, vu la mobilité des familles. Quel accueil la population locale réserva-t-elle à ces étrangers ? Ce fut d'abord de l'hostilité et de la méfiance envers ces gens qui venaient "manger leur pain". On les qualifiait de "Piantous" (Piémontais), de "Babis" (crapaud) ou encore de "Macaronis". On les accusait d'être cause de chômage ou d'apporter des maladies contagieuses. Au fil des ans, on s'aperçut que ces Italiens étaient des travailleurs acharnés et qu'ils avaient été contraints de quitter leur patrie pour pouvoir nourrir leur famille. "Ce sont des latins comme nous, leurs ancêtres Romains sont venus chez nous il y a bien longtemps, ils sont chrétiens comme nous et ils vont à la même église. Notre langue provençale leur est familière, surtout chez les Piémontais, ils finiront par prendre nos habitudes". Pendant longtemps, les mariages entre Italiens et Transianes ou Transianes et Italiens furent mal vus. Mais le bon sens finit par triompher et l'intégration se fit petit à petit en douceur.

 Ces immigrants exerçaient des professions modestes. Les femmes étaient le plus souvent journalières, employées dans les bouchonneries, les scieries, la fqbrique de contreplaqué, beaucoup travaillaient à la filature de soie. Les hommes travaillaient comme ouvriers agricoles, journaliers. D'autres étaient bûcherons (bousquetiers), scieurs, maçons, ou salariés dans d'autres secteurs de l'artisanat. Quelques-uns étaient à leur compte, comme agriculteurs, artisans (cordonniers par exemple) et petits commerçants. A la fin du XIXème siècle, l'ascension sociale italienne était encore très modeste. Mais elle s'accrut au cours du XXème et plus encore après 1950 au temps des Trente Glorieuses *. Elle fut facilitée par la proximité des cultures, par la fréquence des mariages franco-italiens, par la facilité de l'obtention de la nationalité française, par l'intégration à l'école de la République, par le rapprochement de la France et de l'Italie après 1945, alors que de 1880 à 1890 et de 1936 à 1945, les relations des deux pays avaient été très mauvaises.

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* Trente Glorieuses : Les Trente Glorieuses font référence à la période de forte croissance économique qu’a connue entre 1945 et 1973 la grande majorité des pays développés. L'expression a été créée par Jean Fourastié en 1979 en rappel des Trois Glorieuses, journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830 qui avaient fait chuter Charles X.

 

Je vous donne un lien qui parle de l'immigration italienne à La Seyne-sur-mer :

http://marius.autran.pagesperso-orange.fr/oeuvres/tome3/cite_cosmopolite.html#ancre6

 

ainsi que le lien du blog de Jean-Marie, un ami généalogiste que je vous recommande :

http://www.geneprovence.com/2006/12/la-provence-t-la-fin-du-xixe-sicle-une.html

 

Bouquetiers-au-cafe-Trans.JPG

  

Bousquetiers Italiens à la terrasse d'un café à Trans.

Au milieu, Monsieur Lieto (le père de Marcelle), à côté, à gauche, Monsieur Agnese (le père de Jeannot).

  

 

Sep119

 

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 17:29

 

MM. Perrimond-Troin-Ricord-Daumas-Garcin

 

Cette coupure de journal date sans doute des années 60.
La photo a été prise sur la place de l'Hôtel de Ville.
On voit au fond à gauche l'inscription : Moulin à huile (communal). 
Mais si, regardez mieux...

undefined Voici le texte :

"Notre village n'attire pas seulement les touristes durant la saison estivale. En effet, d'après M. Garcin le sympathique facteur, Les Transians d'origine résidant à Trans se font de plus en plus rares, remplacés par des ouvriers étrangers et même quelques Français rapatriés d'Algérie.
Certes le site de Trans, sa situation géographique privilégiée puisqu'à proximité de Draguignan, des Arcs (la gare la plus importante des environs) et l'entrée de l'autoroute ne sont pas pour arrêter l'arrivée de nouvelles familles au village. De plus, toutes les nouvelles cités alentours, Village neuf et Super Trans attirent par le modernisme de leurs constructions, les candidats au logement de plus en plus nombreux. Ainsi, tout en ayant les avantages de la ville proche (grands magasins, etc...) Trans n'en connaît pas ou presque pas les désagréments et tout le monde se connaissant, on se retrouve volontiers entre amis transians ou non, après le travail, pour la belote et la pétanque.
Aussi, hier soir, sur la place de la Mairie, la réunion improvisée de MM. Perrimond, président de la coopérative vinicole ; Troin, conseiller municipal ; Ricord, retraité ; Daumas, berger, Garcin, agriculteur et son neveu, préposé aux PTT, tous Transians d'origine, méritait l'écho que nous venons de faire sur la nouvelle population implantée dans la cité". 

undefined Les noms de ces messieurs sont cités dans l'article, mais je vous précise qu'il s'agit de (dans l'ordre d'apparition à l'image) :
Joseph Daumas, Alexandre Ricord, Jules Perrimond, Jean-Paul Garcin, Jules Troin et Albert Garcin.
A l'heure actuelle, de tous ceux présents sur cette photo, il ne reste plus que Jean-Paul Garcin qui a la soixantaine passée.
On n'arrête pas la fuite inexorable du temps...
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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 00:00

 

La gare inaugurée en 1864

 

Le 29 septembre 1864, le journal "Le Var" publiait l'article suivant : "Avant hier mardi vers les onze heures de la matinée, une foule nombreuse se pressait aux abords de la voie ferrée dans la direction de Trans. On avait annoncé qu'à ce moment de la journée arriverait le convoi destiné à transporter les ingénieurs qui devaient faire la réception des travaux et il n'avait pas fallu davantage pour provoquer la curiosité publique. Une grande affluence de nos concitoyens ont assité à cette solennelle apparition de la locomotive sur le railway, dont elle prenait désormais possession... Après quelques instants d'attente, la foule qui stationnait le long du parcours de la voie, n'a pas tardé à apercevoir le blanc nuage de fumée vomi par la machine, se répandre dans les airs, puis à saluer le coursier de feu remorquant un élégant salon dans lequel se trouvaient les hommes de l'art, qui procédaient à l'opération de la réception des travaux et diverses notabilités invitées à ectte inauguration de notre embranchement. Un banquet a réuni ensuite à l'hôtel Bertin à Draguignan les notabilités dont nous venons de parler. Dans quelques jours, nous l'espérons, la voie sera livrée au public et notre ville, ainsi que toute la région qui l'entoure pourra jouir des avantages de ce précieux instrument de progrès que la bienfaisante sollicitude du Gouvernement Impérial a mis à la disposition de nos concitoyens".

L'ouverture à la circulation de l'embranchement des Arcs à Draguignan eut lieu le mardi 18 octobre 1864. "Depuis 6 heures du matin jusqu'à 10 heures du soir, écrit "Le Var" du jeudi 20 octobre , le mouvement a été considérable sur la ligne, chaque convoi qui arrivait amenait un grand nombre de voyageurs". Et le même journal ajoutait : "Ce début est d'un heureux augure, tant pour la compagnie du chemin de fer que pour l'industrie et l'agriculture de notre pays, auxquels les plus importants débouchés seront ouverts désormais".

  

Nota : La gare de Les Arcs - Draguignan, sur la commune de Les Arcs-sur-Argens, est ouverte le 1er septembre 1862 par la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée. Elle est située sur la ligne Toulon-Nice. Les voies seront électrifiées le 23 septembre 1965. La gare est desservie par les trains TER (Provence-Alpes-Côte d'Azur).

 

La Gare

 

La gare de Trans en Provence ne fonctionne plus depuis le départ de la préfecture de Draguignan pour Toulon en 1974.

Depuis 1995, elle abrite une cave à vins : le Caveau de la Gare.

http://www.caveaudelagare.fr/

   gare

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 21:41

 

Trans-Vues diverses

 

Trans-Vues diverses

 

Trans-en-Provence-Vues-diverses.jpg

 

J'ai vu récemment à la maison de la presse et au bureau de tabac que de nouvelles cartes postales de Trans avaient été éditées. Il faut bien faire du neuf de temps en temps, c'est normal et très bien venu pour les collectionneurs. Du coup, j'ai regardé ce que j'avais en stock dans mes fichiers et je vous en propose trois (pas des nouvelles, des anciennes bien sûr). Il s'agit de vues diverses de Trans qui doivent dater d'après moi, pour la première des années 50, pour la seconde, des années 60 et la troisième des années 70. On y voit les monuments et des vues représentatives du village. Les deux premières dans les tons bleus montrent nos armoiries dont je vous ai parlé ICI la dernière dans les tons orangés est un peu agressive à mon goût. Bien sûr, vous l'avez remarqué, c'est le blason de la Provence qui est représenté sur celle-ci.

Il y a l'Hôtel de ville et la place, le Pont Vieux, les cascades (qui ne sont plus ce qu'elles étaient hélas depuis l'inondation de juin 2010), l'Eglise, l'entrée du village (quand il n'y avait pas encore la déviation), l'Auberge du Vieux Moulin avec par derrière les piliers de l'ancienne scierie qui avait brûlé dans les années 30 (si quelqu'un connaît la date et les circonstances de cet incendie, je suis preneuse de l'info), le Puits aérien, les Transians reconnaîtront tout ça bien entendu. Je vous signale que je n'ai pas activé la sécurité du blog exprès afin que tous ceux qui le veulent puissent enregistrer d'un clic les cartes postales et les photos sur leur ordinateur. Ce blog est fait dans un but de partage et j'en profite pour vous remercier à nouveau de venir le visiter.

 

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 00:00

 

Alude, aludo : Adjectif qui signifie "ailée, pourvue d'ailes". Mais le Provençal ne désigne de cette façon que la fourmi ailée qui essaime avec sa reine pour fonder une nouvelle colonie.

An pèbre : "Période indéterminée, fort ancienne". Vient certainement des terribles ravages de la pébrine, maladie qui a éliminé tous les vers à soie de la région avant que Louis Pasteur ne découvre trop tard le remède. "Il est mort depuis l'an pèbre !".

Banettes : Vient de "bano" cornes. Ce sont les haricots verts que nous appelont les banettes.

Cafouchoun : Réduit, débarras, recoin, placard. "Il doit être dans un cafouchoun".

Décoconner : Ce mot signifie "détacher les cocons de vers à soie des branches où ils sont accrochés". Mais son sens a évolué et est appliqué dans le sens de "déménager, perdre la tête". "Elle décoconne complètement ma parole !".

Ensuqué : "Assommé". Qui a pris un coup violent sur le crâne, le sinciput, le "suc" en provençal. Ce mot désigne aussi "un abruti, un endormi, un mollasson, une personne qui a peu d'énergie.

Enterre-mort : Employé municipal chargé d'ensevelir les défunts, un fossoyeur. 

Goï : Boiteux. "Il est goï".

Grùpi : Mangeoire, râtelier dans une bergerie. "Ils mangent tous à la même grùpi" : il mangent tous au même râtelier. L'expression vient du temps où la Provence était rurale quand "grùpi" signifiait exactement "crèche" au sens propre.

L'avoir mauvaise : Eprouver du ressentiment, être de mauvaise humeur, être un colère contre  quelqu'un. "On peut dire qu'il l'a mauvaise !"

Mouligas : Mou au point d'en être apathique. "C'est un vrai mouligas celui-là !".

Moulon : Vient de "mouloun" qui signifie : tas, monticule. On ne dit pas qu'il y a un tas de choses ou beaucoup de choses, on dit qu'il y a un moulon de choses. Si le tas est important, on dira plutôt qu'il y en a "un brave moulon" cela amplifie l'importance de ce que l'on désigne.

N'as pas crento ? : Littéralement : "Tu n'as pas crainte ?" Veut dire : "Tu n'as pas honte ?". La crento est une "petite" honte, une grosse honte, c'est la "vergougno".

Pépie : Maladie des gallinacés se traduisant par une soif inextinguible. "Il a la pépie" se dit d'un assoiffé chronique.

Pomme d'amour : Un pomme d'amour c'est une tomate. Mais il est vrai que cette expression pour désigner une tomate est tombée en désuétude et c'est bien dommage.

 Pigne : Pomme de pin.

Porcas : "Gros cochon". C'est un vrai porcas !".

Répépier : Du provençal " répépia" : Répéter sans cesse, radoter.

Ribe : Signifie "talus, pente, déclivité, côté". "Il s'est couché sur la ribe". "Manger chez Monsieur Ribe" : manger sur le talus, manger au bord de la route".

Ronflon : S'emploie pour parler de quelqu'un qui grogne sans cesse, morose et rabat-joie. On dit souvent "vieux ronflon", mais pourquoi vieux ?

Sang d'encre : "Se faire un sang d'encre", "se ronger les sangs", "se faire un sang de peste", c'est tout simplement, se faire de la bile ou encore vivre dans l'angoisse.

Terre : Mettre plus bas que terre, c'est dénigrer, diffâmer, calomnier, flétrir. "Ils l'ont mis plus bas que terre".

Ventre : (Tout ce qui rentre fait ventre). Littéralement : tout ce que l'on mange profite.

 

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 00:00

    Canon.jpg

 

Un des canons qui sont à l'hôtel de ville (Photo Nadine)

 

 A la suite d’un traité conclu le 15 mai 1768 entre la France et la République de Gênes, traité qui donnait la suzeraineté de l’île de Corse à la France, 10.000 soldats français sous les ordres du comte Louis Charles René de Marbeuf (1712-1786) avaient débarqué dans l’île le 5 juillet suivant. A la fin du mois de juillet, Marbeuf avait fait sommation à l'amiral Pascal Paoli (1725-1807), qui espérant recevoir à brève échéance un secours de l’Angleterre refusa de satisfaire à cette injonction. L’ordre de marcher ayant été donné aux troupes royales, un certain nombre de villages parmi lesquels ceux de Patrimonio et de Barbaggio furent enlevés l’épée à la main.

La "Gazette de France" du 15 août 1768 qui relatait cet évènement disait que le Major Constant du régiment d’Eptingen et le Marquis de Villeneuve –Trans, commandant du régiment du Royal Roussillon conduisant les attaques contre les redoutes, s’y étaient fort distingués.

Une des batteries de canons prise dans cette circonstance fut apportée à Trans par le Marquis de Villeneuve et placée un peu plus tard sur la terrasse intérieure du nouveau château qui donnait sur le parc (je vous ai déjà parlé de ce château dans l’article passé entre le Marquis et son jardinier. Pour le lire ou le relire c’est ICI).

En 1790, après le départ du seigneur pour Paris (où il sera reconnu et guillotiné) 6 pièces furent remises d’après ses ordres à la municipalité et depuis lors elles tirent des salves à l’occasion de la fête locale de la Saint-Roch (deux des canons ayant hélas éclatés à la suite d’un mauvais dosage de la poudre, il ne subsiste plus que quatre des six canons. Ils sont en place dans l’hôtel de ville).

 

Source : D’après une notice conservée dans les Archives communales de Trans déposées aux Archives départementales à Draguignan et intitulée : "Notice sur les canons ayant fait partie d’une batterie de six pièces prises à l’assaut en Corse sur les troupes de Paoli en 1768".

 

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 18:54

 

Moulin-huile-communal.jpg

 

L'ancien moulin à huile communal de Trans transformé aujourd'hui en médiathèque fut le dernier en activité. A souligner que la mare, les meules, les rouages crantés du moulin ont été conservés, des scourtins on été posés sur les murs. Tout à côté (à droite), l'Auberge du vieux moulin aménagée dans une grotte millénaire (grotte de Sainte-Catherine) par son propriétaire, Claudius Lambert dans les années 50 était aussi un moulin à huile.

  

Auberge-vieux-moulin.jpg

 

  A Trans, "les plantations d'oliviers se ont étendues depuis le début du XVe siècle. Elles n'occupent toutefois encore que le dixième environ de la superficie des propriétés privées (en ne tenant pas compte des biens de la commune et des propriétés du Seigneur)... Dans la première moitié du XVIIe siècle, la culture de l'olivier commence à s'étendre. On peut suivre ses progrès dans les cadastres et en trouver la confirmation dans l'augmentation progressive du nombre des moulins à huile. Jusqu'en 1671, les cadastres (livres terriers) de Trans ne précisent pas la superficie des parcelles. On ne peut donc en tirer que des indications approximatives, mais cependant certaines, en comparant dans les cadastres successifs le nombre des parcelles complantées en oliviers. Au cadastre de 1552, sur 1410 parcelles appartenant à des particuliers (à l'exclusion des propriétés communales et des biens du Seigneur), il y en a seulement 193 complantées en oliviers. En 1630, sur 1396 parcelles particulières, 364 sont en nature d'oliviers. Enfin, le cadastre de 1671 dénombre 1480 parcelles parmi lesquelles 630 sont, en totalité ou en partie, plantées d'oliviers. D'ailleurs, ce qui est un indice supplémentaire des progrès de cette culture, ce même cadastre mentionne d'assez nombreuses parcelles d'oliviers "nouvellement plantées". Quant aux moulins à huile, il y en avait à l'origine un seul qui suffisait à "détriter" toute la récolte du terroir. Dès 1654, il était devenu nécessaire d'en construire un second et, en 1674, on projetait d'en construire un troisième.

  

OliviersHiver_gm.jpg

 

Les gélées de l'hiver 1678-1679 arrêtèrent temporairement l'essor des oliveraies. Cependant, à la fin du siècle, les plantations étaient non seulement reconstituées, mais encore accrues. En 1704, le projet de construction d'un troisième moulin était à nouveau à l'ordre du jour et seuls les évènements empêchèrent sa réalisation. A cette dernière époque, la production annuelle moyenne d'huile d'olive atteignait en 40.000 litres environ, ce qui est important. L'accroissement des récoltes améliorait la condition de tous : les propriétaires voyaient s'augmenter leurs ressources, tandis que les "journaliers" trouvaient plus facilement du travail, soit à l'occasion des cultures, soit au moment des récoltes... Durant le terrible hiver de 1709, il fit un froid tel qu'on n'en avait jamais connu de pareil, il persista pendant plusieurs mois, désolant le terroir de Trans , "des froids si cuisants et excessifs qu'ils ont presque tué tout le restant de nos semis et totalement nos oliviers". Pendant trois années consécutives, le terroir de Trans ne produisit pas une seule goutte d'huile et, au cours de nombreuses années, la récolte fut insignifiante. La principale richesse du pays avait, pour longtemps, disparu... Le pays était plongé dans une misère totale... Le mal, était profond, et il fallut de longues années pour réparer les conséquences de cet hiver redoutable. Les années qui suivront l'hiver de 1709 furent des années difficiles. Il n'y avait plus de récoltes d'olives... A partir de 1725, les récoltes d'olives retrouvent une certaine importance, à tel point qu'en 1727 on construit un troisième moulin à huile... Depuis l'hiver de 1709, les plantations d'oliviers se sont reconstituées et accrues. Les récoltes d'olives sont maintenant abondantes et elles constituent la principale ressource des Transians.

 

Les-moulins.jpg

 

Sur cette carte postale ancienne les constructions qui vous voyez à gauche sont des moulins à huile. Malheureusement, ces moulins, au fil du temps sont tombés en ruines mais ont été pour certains rachetés et réhabilités en habitations.

 

De ce fait, les trois moulins à huile deviennent insuffisants. Lors de la récolte de 1758-1759, le terroir produit environ 5.000 coupes d'huile (environ 158.000 litres) ; les moulins travaillent jusqu'au mois d'août et de grandes quantités d'olives se détériorent. Il faut donc de nouveaux moulins. Or, depuis 1757, les moulins à huile sont redevenus la propriété du Seigneur. C'est donc lui qui doit construire les nouveaux moulins et tout retard de sa part va être préjudiciable à la population... En 1763, on convient que le Marquis qui a déjà fait construire un quatrième moulin pendant les années précédentes, en fera contruire un cinquième, étant entendu toutefois que la Commune lui prêtera les fonds nécessaires... L'accroissement des récoltes d'olives apporte une certaine prospérité qui malheureusement ne durera pas beaucoup au-delà de 1780. Il semble d'ailleurs que, d'une façon générale, la production agricole ait augmenté. On en trouve une preuve dans les variations de la quotité de l'imposition de fruits... En 1789, la population de Trans, qui n'a pas cessé de croître depuis le début du siècle, atteint à peu près le chiffre de douze cent habitants... Au moment où se précisent les événements qui vont conduire à la Révolution, les conditions de vie sont difficiles. Depuis une dizaine d'années, les récoltes sont mauvaises et, en particulier la récolte des olives qui est maintenant la principale du terroir. Sur ce, survient l'hiver de 1788-1789 qui fut désastreux. Au mois de décembre 1788, des inondations exceptionnelles causent de grands ravages. Elles sont suivies d'un "hiver long et rigoureux qu'on a comparé à celui de 1709".  

 

famine.jpg

 

Un tiers des oliviers du terroir est gelé, vignes et figuiers sont éprouvés. Le mauvais temps suspend les travaux et il résulte "une misère affreuse dans la classe indigente". La cherté et la rareté des blés "ajoutent à tant de maux et font même craindre une disette absolue"... En 1817 et 1818, "un insecte destructeur ravage les oliviers". Il faut donner des secours aux indigents qui n'ont pas de travail. En janvier 1829, le gel détruit les oliviers. Pendant plusieurs années consécutives, les propriétaires sont privés de récolte et les ouvriers agricoles de travail... La population a continué à augmenter. Elle atteint 1.379 habitants en 1846. Elle est toujours constituée par des autochtones. Il y a seulement quelques Italiens venus travailler dans les moulins à huile... En 1847, pour les besoins des commerçants en huile (fabricants, négociants, courtiers) on demande la création d'un service de distribution du courrier... Le demi-siècle qui commence aux environs de 1845 est caractérisé par de profondes transformations. Le développement industriel et commercial déjà amorcé à Trans au début de la monarchie de Juillet ne va pas cesser de s'accentuer. Plus particulièrement, c'est la fabrication et le commerce de l'huile d'olive qui vont prendre de plus en plus d'importance. La culture de l'olivier atteint maintenant son maximum d'extension et le terroir de Trans produit de grandes quantités d'olives. De plus, les moulins à huile, dont le nombre augmente d'année en année, traitent non seulement la production locale mais encore reçoivent des apports des villages voisins. Au lendemain de la guerre de 1870, il y a ainsi vingt-cinq moulins à huile qui fonctionnent à Trans et on envisage (mais ce projet ne se réalisera pas) l'établissement d'un marché aux huiles qui se tiendrait une fois par semaine. En effet, on évalue alors le chiffre d'affaires des fabricants et négociants à deux millions de francs, ce qui est très important. Cette expansion est facilitée par le développement des communications de toutes natures : création de la ligne de chemin de fer en 1864, inauguration d'une recette des postes et plus tard, installation d'un bureau télégraphique. Cet essor va se poursuivre jusqu'aux environs de 1880. L'activité des moulins à huile attire une main d'oeuvre étrangère formée d'Italiens originaires du Piémont et de la Rivière de Gênes. Ils viennent de plus en plus nombreux et ils ne tardent pas à se fixer".

Cependant, dès la fin du XIX° siècle, les huiles étrangères, issues du marché colonial viennent concurrencer l’huile locale, non seulement pour la nourriture, mais également pour l’industrie (savons, éclairage) ; la concurrenc est d’autant plus rude que l’avènement de la lampe à pétrole puis de l’électricité ont totalement fermé le marché. La production s’inscrit alors dans une échelle locale d’autosuffisance. Celle-ci reprend après les deux conflits mondiaux, lorsque la pénurie de matières grasses se fait sentir. Mais le gel de février 1956 sonne le glas de cette production. Dans le Var, près de 80% des oliviers périssent, et les moulins ferment les uns après les autres. Malgré les aides apportées par l’Etat, les agriculteurs préfèrent désormais planter de la vigne.

 

  Source : D'après "Trans en Provence" - Guillaume Barles -

Ed. Jeanne Laffitte - Marseille.

 

Plaque-du-moulin.jpg

 

  Plaque apposée sur la façade de l'ancien moulin à huile communal.

Il s'agit d'un extrait des "Isclo d'or" de Frédéric Mistral.

 

"Nautri li bon prouvençau

Au suffrage universau

Voutaren pèr l'oli

Et faren l'aïoli"

 

"Nous, les bons Provençaux

Au suffrage universel

Nous voterons pour l'huile

Et nous ferons l'aioli". 

    PB111106.jpg

 

Cueillette des olives (Photo d'un transian Noël Landry)

 

 

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